• Silhouette solitaire sur une colline enveloppée de brouillard
    Existentialisme et Kierkegaard

    Devenir soi-même: Kierkegaard, le désespoir et les étages de l’existence

    Il y a une phrase de Kierkegaard qui semble simple et qui, à la réflexion, donne le tournis: le plus grand danger, celui de perdre son propre moi, peut passer inaperçu dans le monde, comme s’il n’était rien. On perd un bras, on perd de l’argent, on s’en aperçoit et on s’en plaint. Se perdre soi-même, on peut le faire sans même le remarquer, tout en menant une vie très correcte. C’est de cela que parle La Maladie à la mort, l’un de ses livres les plus profonds. Le désespoir dont on ignore qu’on souffre Kierkegaard appelle ce livre un traité sur le désespoir. Mais attention, il ne s’agit pas…

  • Personne debout au bord d’une falaise dans la brume
    Existentialisme et Kierkegaard

    Le vertige de la liberté: Kierkegaard, l’angoisse et le saut

    On imagine souvent l’angoisse comme une faiblesse, un mauvais moment à passer, quelque chose à soigner. Kierkegaard, lui, y a vu tout autre chose: un signe. Le signe que nous sommes des êtres libres, et que la liberté, avant d’être un cadeau, est d’abord un vertige. Dans Le Concept de l’angoisse, il en donne une formule inoubliable. L’angoisse, écrit-il, est le vertige de la liberté. Se pencher au bord du gouffre Imagine-toi au bord d’une falaise. Ce qui te saisit, ce n’est pas seulement la peur de tomber. C’est quelque chose de plus étrange et de plus intime: la conscience que tu pourrais sauter. Rien ne t’y oblige. Et pourtant…

  • Herbes hautes courbées par le vent
    Théologie

    Le Pneuma, ce souffle qui refuse de se laisser saisir

    Il y a des mots qu’on ne peut pas tenir dans la main. Pneuma en fait partie. En grec, il signifie à la fois le souffle, le vent et l’esprit. En hébreu, son cousin ruach dit exactement la même chose: le vent qui passe, l’haleine qui sort des lèvres, et l’Esprit de Dieu. Une seule et même parole pour l’air invisible et pour la présence divine. Ce n’est pas un hasard de vocabulaire. C’est une intuition sur la nature même de Dieu à l’œuvre dans le monde. Le souffle sur les eaux Ouvrons la Bible à sa toute première page. Avant que quoi que ce soit prenne forme, dans le…

  • Bible ouverte éclairée par la lumière du soleil
    Théologie

    Le Logos, la Parole qui tenait déjà le monde

    «Au commencement était le Logos.» Ainsi s’ouvre l’Évangile de Jean, sans généalogie, sans crèche, sans étable. Là où les autres évangélistes racontent une naissance, Jean remonte plus haut, avant le temps lui-même, jusqu’à un mot qui va porter sur ses épaules toute la pensée chrétienne. Ce mot, en grec, c’est logos. On le traduit par «Verbe» ou par «Parole», mais aucune traduction n’épuise ce qu’il transportait déjà dans les oreilles de ceux qui l’entendirent pour la première fois. Un mot chargé d’histoire Quand Jean écrit logos, il ne sort pas un terme de nulle part. Depuis des siècles, la philosophie grecque en avait fait un concept dense. Chez Héraclite, cinq…

  • Rangées de livres anciens dans une bibliothèque
    Philosophie

    Kierkegaard contre les systèmes, ou l’homme qu’aucune théorie n’attrape

    Au dix-neuvième siècle, la philosophie allemande construisait des cathédrales de concepts. Hegel surtout, avec son immense système, prétendait tout embrasser: l’histoire, la nature, l’esprit, Dieu lui-même, le tout ordonné selon une logique implacable où chaque contradiction se résolvait dans une synthèse supérieure. On pouvait, disait-on, comprendre le réel de bout en bout. Et puis, à Copenhague, un homme frêle et railleur a regardé ce grand édifice et a posé une question de gamin insolent: c’est très beau, mais où suis-je, moi, là-dedans? Cet homme, c’est Søren Kierkegaard. Et cette question a fait plus de dégâts qu’on ne le croit. Le professeur qui oublie d’exister Kierkegaard aimait raconter cette image: un…

  • Rayon de lumière traversant l’intérieur sombre d’une caverne
    Philosophie

    Platon, ou pourquoi nous vivons dos à la lumière

    Il y a des textes qu’on croit connaître avant de les avoir lus. L’allégorie de la caverne fait partie de ceux-là. On en garde une image d’école: des prisonniers, des ombres, un feu. Puis on passe à autre chose. Pourtant, quand on prend le temps de s’y arrêter, ce petit récit du livre VII de La République devient l’une des pages les plus troublantes jamais écrites sur notre condition. Le décor Imagine des hommes enchaînés depuis l’enfance au fond d’une grotte. Ils sont attachés de telle façon qu’ils ne peuvent regarder que le mur devant eux. Derrière eux brûle un feu, et entre le feu et leurs dos passent des…